La Dépêche

Les indépendantistes catalans n’avaient déjà guère les faveurs de la France. Ils font désormais face au courroux du Quai d’Orsay, passablement agacé par une résolution du Parlement régional de Catalogne qui appelle à l’autodétermination de la Catalogne française. Le texte, voté le 6 octobre dernier par les députés de la majorité indépendantiste au pouvoir (Junts pel Si) et les élus de la gauche anticapitaliste (CUP) est loin d’être passé inaperçu à Paris, au point que la diplomatie française s’en est officiellement plainte auprès du gouvernement espagnol.

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Mardi dernier, la France a envoyé une lettre officielle de protestation à l’ambassade d’Espagne à Paris, dans laquelle elle rappelle qu’une institution étrangère «ne peut s’immiscer dans les affaires internes françaises». Le ministère des Affaires étrangères dit également «déplorer que le Parlement catalan émette des résolutions qui portent atteinte à sa souveraineté.»

Ce malaise, qui n’a pas été directement communiqué à la Catalogne car l’État français ne s’adresse pas à une région étrangère, est un sérieux revers pour les indépendantistes.

Depuis plusieurs mois, Barcelone tente d’internationaliser sa cause et cherche en vain des appuis à l’étranger. Interrogé à plusieurs reprises, le gouvernement catalan refuse officiellement de s’exprimer sur le sujet. Il se contente d’invoquer la séparation des pouvoirs pour éviter de se prononcer sur le fond. En réalité, il se serait bien passé d’une résolution votée pour faire plaisir aux turbulents députés de la gauche anticapitaliste (CUP) mais qui en réalité met à mal le travail diplomatique de la Catalogne en France.

En fait, la Generalitat «n’était pas très fière» après le vote du Parlement régional. «Le processus que nous vivons n’est pas extrapolable aux Pyrénées-Orientales» avertissait récemment Carles Puigdemont, le président catalan. Le représentant de la Catalogne à Paris, Marti Anglada lors d’un récent petit-déjeuner avec des journalistes français, a ainsi rappelé à l’ordre une économiste réputée qui énumérait les effets positifs de la sécession pour les PO.

La prise de distance est aussi matérielle. La Generalitat a réduit, voire supprimé la plupart des subventions qu’elle accordait à Perpignan. Les cours de langue en catalan, les associations culturelles ou la Bressola, le réseau d’école en immersion catalane ne reçoivent quasiment plus rien de Barcelone. «Radio Arrels, la seule radio catalanophone des Pyrénées Orientales a été obligée de licencier des salariés» regrette Aleix Renyé, journaliste à Perpignan pour El Punt Avui.

Pere Manzanares, porte-parole du collectif catalaniste SEM qui s’est battu contre le choix du nom Occitanie pour la nouvelle région, n’hésite pas à parler d’abandon.

«Nous sommes sacrifiés sur l’autel de la non-ingérence» regrette l’infatigable militant. La résolution en faveur de l’autodétermination du Roussillon ne change pas grand-chose pour lui : «C’est sympathique, mais concrètement rien n’est prévu dans la feuille de route des indépendantistes pour la Catalogne».

—–Publié à La Dépêche du Midi le 16/11/2016 —–

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